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Les collectivités publiques se renvoient la balle
L’incinérateur de Bachefores continuera à nous empoisonner au moins jusqu’en 2008

EKAITZA 907 FÉVRIER 2004


Le site extrêmement pollué de Bachefores revient au cœur du débat environnementaliste. Deux questions cristallisent le débat. Celle de la réhabilitation d’une partie de la décharge pour laquelle la Préfecture a prit un arrêté le 15 décembre 2003. Cette réhabilitation était prévue par arrêté préfectoral depuis…1990.
Et celle de l’incinérateur, placé sur le même site des bords de l’Adour.
La décharge a été découpée en trois zones, zones, 1,2 et 3. Celle où se situe l’incinérateur (zone 2) ne sera pas "réhabilitée", malgré les rejets dans l’Adour, ce que dénoncent les écologistes.


L’incinérateur


Malgré les engagements pris par les diverses collectivités publiques en charge du dossier, la fermeture de l’incinérateur de Bachefores est sans cesse repoussée ( de 2003 à 2005, de 2005 à 2008…).
De plus, ces problèmes buttent sur le transfert non effectué de la gestion du site de la Cabab au syndicat intercommunal Bil Ta Garbi (voir ci-contre).


De la fermeture au "déménagement"


Car si, dans une conférence de presse, Jean Grenet dit que Bachefores va s’arrêter en 2005, son adjoint lui affirme deux jours plus tôt que l’incinérateur fonctionnera au-delà de 2005. Alain Iriart, président de Bil Ta Garbi, n’en pense pas autant . Dans le JPB du 17/01/04, il se dit prêt à fermer l’usine, mais pense " qu’aucune structure de remplacement ne pourra voir le jour avant 2008 ". Ce qui en conséquence maintiendrait l’activité du site encore pendant longtemps
Les élus doivent néanmoins faire face à l’opposition des riverains et des associations écologistes, qui dénoncent les nuisances induites par l’incinérateur et la décharge ainsi que les nombreux risques qu’il font courir à la santé publique.
De plus, le maire de Baiona parle maintenant de " déménager " l’usine, tandis que Bil Ta Garbia doit désormais trancher avant l’été entre les trois solutions proposées pour la gestion des déchets par le Cabinet d’études Merlin. Sur trois solutions, deux sont basées sur l’incinération, l’autre sur l’enfouissement des déchets ultimes... (voir p.5)Visiblement, une politique audacieuse de gestions des déchets, avec leur réduction à la source et un recyclage et triage actif n’est pas à l’ordre du jour des collectivités publiques.


Christiane Loyce du CADE
"Depuis 1991, l’incinérateur de Bachefores a rejeté plus de 448 Kg de métaux lourds dans l’atmosphère"


Christiane Loyce, membre du CADE (Collectif des Associations de Défense de l’Environnement) dénonce les nombreux rejets de dioxines et de métaux lourds dans l’atmosphère et dans l’Adour.


Ekaitza : Quelle est votre position sur l’incinérateur de Bachefores ?


Christiane Loyce : Nous sommes absolument contre l’incinération. En fin 1998, M. Lamassoure annonçait la fin du contrat pour 2003. Un peu plus tard, il l’annonçait pour 2005. Hors maintenant, on nous dit qu’on va le mettre aux normes de l’arrêté du 20/09/2002, consistant à lui mettre des filtres pour les dioxines et les oxydes d’azote, pour être aux normes après 2005. À cette date, les incinérateurs anciens n’ayant pas présenté de dossier devront fermer.
Ils veulent donc continuer à exploiter cet incinérateur. Les filtres représentent le tiers du prix de l’incinérateur. L’incinérateur de Bachefores a toujours eu des problèmes de fonctionnement. Le système de filtrage actuel fait que les fumées en ne sont pas lavées, on y rajoute juste de la chaux pour limiter les émulsions de chlore. Ils sont efficaces pour les poussières mais pas pour les gaz.
En 1998, il y a eu une série d’accidents connus. Ces filtres encrassés étaient juste colmatés. Ils ont arrêté l’incinérateur sur ordre du district. Ils ont changé les filtres et en septembre 98, les filtres étaient de nouveaux encrassés. Et dans ce cas, ils envoient tout dans l’atmosphère (le bi-passages). Actuellement les incidents continuent. J’ai des fiches qui montrent qu’il y a des bi-passages. En 2001 par exemple, ils ont " bipassé " pendant plus de 45 h ! !
En 2001 l’incinérateur a rejeté 37 Kg de métaux lourds par an (plomb, chrome, cuivre, arsenic, mercure, maganes, caldium). Depuis 1991, il y a eu plus de 448 Kg rejetés dans l’atmosphère. Il y a 1350 tonnes de déchets hospitaliers qui y sont passés en 2001. Des déchets infectieux hautement dangereux.
Une première analyse a été faîte qui prouve qu’ils rejettent 18 fois la norme de dioxines. Dernièrement, ils nous ont présenté une analyse " miraculeuse". La norme européenne est de 0,1 nanogramme. Et eux ils sont arrivés à 0,01 nanogramme ! Soit dix fois moins que la norme. J’ai interrogé le président du CNID qui travaille sur les déchets. Pour lui, obtenir un chiffre comme celui-là frise le miracle. Même les incinérateurs modernes équipés de filtres à dioxine, n’arrivent pas à respecter ces normes.


Qui effectue les contrôles?


Ce sont des laboratoires privés. Ce n’est pas la Drire. Il faut savoir qu’avant les contrôles, les usines sont prévenues…


Quels sont les risques ?


Entre 1998 et 2002 il y eu plus de 100 incinérateurs ayant fermé en France à cause des problèmes de pollutions, de cancers, de morts. Des études faîtes autour de l’incinérateur de Briançon, montrent que les riverains du site ont 2,3 fois plus de chances d’avoir un cancer. Le taux d’enfants mal formés est plus élevé.
A qui incombe la responsabilité pénale ?
On n’en est pas encore à reconnaître le même caractère à la dioxine qu’à l’amiante, même si, tôt ou tard cela arrivera aux mêmes faits pénaux. Des plaintes sont été déposées pour empoisonnement, mais n’ont pas été jugées.


Le syndicat intercommunal de gestion de déchets Bill Ta Garbi apporte-t-il un plus ou un moins?


La gestion du site de Bachefores devait passer à Bill Ta Garbi début janvier. D’après ce que l’on sait, c’est reporté à cause de problèmes avec la Cabab. Ce qui nous inquiète, c’est qu’ils n’ont pas encore dit ce qu’ils voulaient faire sur les déchets. Mais on ne sent pas de volonté ferme de s’engager vers le tri et le recyclage. Il y a 3 fois moins de déchetteries dans le Pays basque que sur d’autres secteurs. Ce qu’on craint c’est que le syndicat continue dans l’incinération et veuille en faire un autre.


La politique de Bill Ta Garbi a –t-elle un lien avec le projet de création d'un incinérateur à Irun ?


Je n’en sais rien, peut-être bien. Il est vrai que Bill Ta Garbi cherche à droite à gauche, et si à Irun, ils pensent qu’ils font une affaire en prenant les déchets français, tout est possible. 0 Irun, l’incinérateur est considéré comme une chose comme une autre.
Quelles politique de déchets préconisez-vous ?
Nous voulons une vraie politique de recyclage, de compostage. L’Adem ne donne plus de subventions pour la création de déchetteries. L’incinérateur est un appel d’air pour les déchets. Après il faut alimenter la bête. On ne cherche absolument pas à réduire le volume de déchets. Les déchets non triés font d’autant plus de dioxines.
Votre point de vue sur l’arrêté pris le 15 décembre concernant la réhabilitation de la décharge de Bachefores?
Ils se sont bien moqués de nous. La décharge aurait dû être réhabilité en 1990. Dans ces années-là, il y avait encore du bio gaz et nombre de polluants récupérables. Aujourd’hui tout est parti dans l’Adour. On n'était pas d’accord sur ce projet de réhabilitation. Après une " concertation ", on s’aperçoit que l’arrêté est le même qu’au départ.
Ils ont partagé la décharge en trois zones, ils vont " réhabiliter " la zone 1 et 3, là où il y a des déchets. Dans la zone 2, là où il y a l’incinérateur, ils ne vont pas toucher au traitement des eaux. C’est actuellement un véritable scandale.
Les camions arrivent, sont lavés là et tout part à l’Adour, sans traitement. On avait demandé de ne pas toucher aux zones de déchets, car une stabilité s’était faîte avec les années, et l’on va donc avoir une puanteur terrible. Cela va rester un beau tas de pollution. Ils vont mettre une bâche, et dessous des mâchefers, hautement chargés en métaux lourds et dioxines. Cela coûtera 45 MF, aux frais des contribuables.

Le transfert vers Bil Ta Garbia repoussé


170 000 tonnes de déchets sont produits chaque année, dont 85 000 tonnes d’ordures ménagères, de la Côte à la Soule, jusqu’aux premiers cantons béarnais (Salies, Sauveterre). Depuis 2002, il appartient au syndicat Bil Ta Garbi, présidé par Alain Iriart maire d’Hiriburru, et regroupant 200 communes à l’exception de celles regroupées dans Bizi Garbia et d’Hendaia, de gérer et traiter ces déchets. Seul Bachefores a échappé au transfert, gelé pour cause de désaccord financier entre la Cabab et Bil Ta Garbi. Si les collectivités publiques appliquent ce qu’elles décident, l’incinérateur de Bachefores et le centre d’enfouissement d’Urruña, devraient en effet fermer fin 2005. A l’heure actuelle, tous les déchets partent vers ces deux sites, auxquels viennent s’ajouter ceux de Zaluaga (Senpere) et d’autres dans les Landes. Mais la fermeture bute aussi sur le transfert.
Un accord provisoire courant jusqu’au 30 juin a été signé entre les deux parties. Pour Alain Iriart “il n’y aura pas de deuxième prolongement”. Pour Jean Grenet “le transfert n’est pas possible”. outre la question du financement, se pose aussi celle des responsabilités pénales...
Les 3 solutions proposées
A la demande de Bil Ta Garbi, le cabinet d’études Merlin, a réalisé un diagnostic et propose des solutions, que devraient trancher les communes basques avant l’été.
Le cabinet Merlin a dégagé trois “solutions”
- la réalisation d’un incinérateur ou d’un centre de méthanisation, accompagné de deux centres d’enfouissement
- la création de deux centres d’enfouissement de déchets ultimes
- travailler en réseau avec la Gipuzkoa, qui a prévu de créer un incinérateur à Txingudi.
Alin Iriart , s’il n’a pas de préference, pense quand même " qu’une des trois devra être choisie avant l’été ".


Brouillard complet


Le Cade a tenu à réagir, suite à la conférence de presse de Jean Grenet. Il dénonce que, lors de la réunion publique tenue avec les riverains, le représentant de la Cabab “annonce le contraire” de ce qu’a dit le maire lors de sa conférence de presse. Il soulève notamment la question du traitement des eaux, soumise à des versions fluctuantes de la part de la Cabab : "la zone II où se trouve l’incinérateur et son aire de lavage continuera donc comme par le passé à polluer l’Adour."
Même double discours sur la date de fermeture. Alors qu’à la réunion publique "la Cabab pensait qu’à l’avenir on pourrait s’orienter vers un traitement plus raisonnable que l’incinération, le maire parle simplement de déménager l’usine !" Pour le Cade, "il s’agit simplement de reproduire les mêmes erreurs et les mêmes nuisances ailleurs, du moment que ce n’est plus sur sa commune..."
Le maire de Baiona avait mis en cause les écologistes “cette minorité qui s’ébroue”, ces “gens autoproclamés compétents battre en brèche toutes solutions techniques.”
Le Cade pointe "le profond mépris qu’affiche M. Grenet à l’égard des associations. Ce sont les gestionnaires dont il fait parti qui ont fait preuve d’incompétence. La réhabilitation de la décharge était prévue par arrêté préfectoral pour fin 90 au plus tard. Leur incompétence est encore caractérisée lorsqu’ils laissent fonctionner une usine d’incinération qui met en danger la santé des riverains."

 

 

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